L’Open Source School : consécration de la culture OS en France ou machine marketing trop huilée ?
Par Sacha Labourey, CEO de CloudBees

Publié le 8 Décembre 2016
En février dernier, l’école EPSI et l’intégrateur SMILE, soutenus par le Conseil National du Logiciel Libre, lançaient à Paris la toute première formation diplômante 100 % Open Source, reconnue et financée par le gouvernement français à hauteur de 1,4 millions d’euros.

Mais une formation 100% Open Source ne risque-t-elle pas d’apporter une stigmatisation inutile de ces pratiques ? Enseigne-t-on une culture ou la vit-on ? Cette nouvelle offre de formation correspond-elle vraiment à la réalité des besoins du marché du travail ?

Les projets Open Source sont désormais utilisés et enseignés de manière extensive dans toutes les écoles. Et pour cause, l’Open Source a peu à peu gagné l’ensemble des couches d’infrastructures de l’entreprise et il existe aujourd’hui une véritable demande pour des talents capables de maîtriser ses produits. A cet effet, des structures commerciales se sont mises en place afin de servir d’interface entre le monde de l’Open Source et celui de l’entreprise (et de ses contraintes spécifiques). Ces organisations proposent notamment des certifications permettant de valider les acquis de connaissance sur ces produits, ce qui aide les recruteurs dans leur capacité à engager des profils qui sauront être productifs rapidement.

L’idée d’une école – tout comme celle de certifications – semble bienvenue... mais ces certifications ne font que qualifier la capacité d’un ingénieur à utiliser une telle solution, alors qu’un nombre croissant de sociétés désirent désormais ne plus seulement utiliser des projets open source, mais également contribuer à des projets open source et en modifier l’essence même, afin de mieux servir leurs besoins sur le long terme. Il convient donc de distinguer les utilisateurs des contributeurs.

Et c’est là que le bas blesse : l’Open Source étant avant tout une culture, il faut y adhérer. La majorité de ses contributeurs le font par passion mais n’arrivent pas nécessairement à l’assouvir en entreprise.
Cette école aurait ainsi pour objectif d’émuler des comportements individuels pour les transformer en une sorte de culture de groupe applicable à tout un chacun. On pourrait considérer cette initiative comme une forme de victoire de l’Open Source. C’est le stade ultime de sa normalisation puisque l’on va maintenant l’enseigner ! Le concept a de quoi étonner. Imaginerait-on, pour les « Punks », une sorte d’école de Punk dans laquelle on apprendrait à faire sa crête, à choisir les bonnes chaussures coquées... L’Open Source qui a été pendant près de 20 ans un mouvement alternatif au modèle IT traditionnel, se retrouve soudainement adoubé et officialisé… Le caractère plutôt individualiste du monde de l’Open Source sera-t-il soluble dans un cursus académique structuré ?

In Fine, un professionnel de l’IT qui cherche un profil Open Source embauchera-t-il plus facilement un étudiant diplômé de l’Open Source School plutôt qu’un autre qui aurait suivi un cursus d’ingénierie informatique dans un établissement plus classique et qui, parallèlement, se sera passionné durant son temps libre pour certains projets Open Source auxquels il aura contribué (et qu’il n’aura pas simplement appris à utiliser)?

Bien que la plupart des écoles soient fortement utilisatrices et formatrices sur des solutions Open Source, si le but est de former des contributeurs, il n’existera jamais de meilleure école que l’Open Source lui-même.
Le fait que cette école voit le jour en France donne également une dimension intéressante au débat. Nous avons en Europe une problématique de dualité importante liée au marché logiciel : nous avons des gens très talentueux pour développer des solutions logicielles mais la réussite dans la commercialisation de ses solutions nous fait presque totalement défaut. La majorité des sociétés de logiciels sont aux Etats-Unis alors que les meilleurs ingénieurs sont en Europe! Ils sont talentueux, experts et diplômés de belles écoles et n’aspirent … qu’à s’expatrier vers les US pour travailler dans ces grosses entreprises logiciels ou startups, happés par leur American Dream…

C’est une excellente chose que la France prenne conscience de la portée de sa culture Open Source. Nous avons la chance d’avoir de vrais talents, et la volonté de capitaliser sur leur potentiel me semble légitime. Pourtant, c’est peut-être grâce au côté révolutionnaire et rebelle de la France que la culture de l’Open Source a si bien su y trouver sa place. L’essence du mouvement est déjà bien ancrée, peut-être n’avons-nous pas tant besoin que cela d’une école pour l’accélérer ? Avant de produire encore plus de compétences Open Source, ne devrions-nous pas chercher à comprendre pourquoi nous n’arrivons pas à consolider notre business model du logiciel ?  
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